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Cora Pearl Wikipédia

Chapitre XXVIII

Chapitre XXVIII & XXVIII

Chapitre XXIV & XXV

Chapitre XXII & XXIII

Chapitre XXI

Chapitre XIX & XX

Chapitre XVII & XVIII

Chapitre XV & XVI

Chapitre XII a XIV

Chapitres VIII à XI

Chapitres VI & VII

Chapitres I a V

XXIX

MA STATUE EN MARBRE PAR GALLOIS. — MADAME DESMARD ASSISTE AUX SÉANCES.

J’ai fait faire le moulage de ma poitrine et de ma main. La main en l’air tient un sein, l’autre sein fait le couvercle. Le tout en onyx. Un monsieur me l’a pris et l’a donné au «Phoque ». J’ai su depuis que la maison d’onyx avait fait faillite.

Quant à ma statue en marbre, je l’ai fait faire par Gallois, en douze séances.

Pendant une pose, on frappe. C’était madame Desmard : une cliente de Gallois.

— On n’entre pas, j’ai madame Pearl. Je ne puis vous ouvrir.

— Suppliez-la. Ouvrez-moi.

On ouvre. Elle était charmante, gaie, spirituelle. Je fus particulièrement frappée de la blancheur de son teint.

— Vous me permettrez, me dit-elle, de venir voir de temps en temps où en sera, la statue ?

Elle revint plusieurs fois, prenant un plaisir extrême à ce qu’elle appelait, sans emphase du reste, la contemplation de l’art et de la nature. Elle-même avait un peu passé par là. Je dis, un peu… Gallois n’avait fait que son buste.

— L’art, disait-elle, est une belle chose, mais la nature est bien au-dessus !

Tout cela par obligeance et sans autre application que celle de son oreille sur ma poitrine.

— Quel dommage, disait-elle, que le ciseau ne puisse reproduire ces palpitations légères, qui sont la vie !

Gallois souriait, et je me disais à part moi :

— Il me sculpte et elle m’ausculte !

Quand je fus immobilisée, ou, si mieux on aime, quand l’œuvre fut achevée, ce fut madame Desmard qui devint pour moi de marbre. Je ne l’ai jamais revue.

Le corps nu est parfait : mais la tête est peu ressemblante.

XXX

UN QUI NE PEUT APPRENDRE LA DANSE : LE COMTE DALSTROWSKI.

Le comte Dalstrowski a passé plus de dix ans à apprendre le quadrille, sans jamais y parvenir. Il y a des natures rebelles à l’en-avant-deux. Il allait prendre des leçons chez Parrodin, où il rencontrait des gens du meilleur monde, jaloux de se perfectionner dans l’art si délicat du maintien. Parrodin, désespérant de le plier à la discipline de la chaîne des dames et du pantalon, lui faisait faire l’exercice à part, comme, durant le siège, ce bon maître Craquelin, le notaire, évoluait aux Champs-Élysées, seul, devant son charbonnier, qui l’exerçait au maniement du chassepot.

Quand, dans la salle de danse, on disait : voilà Witold ! cela jetait un froid.

Witold était horriblement vexé. Un jour il dit, à Parrodin :

— Il me semble que je ferais plus de progrès, si, au lieu de me faire marcher tout seul, comme un benêt, vous me donniez pour acolyte dans mon apprentissage, quelqu’une des dames qui fréquentent vos cours.

La demande embarrassait fort le professeur, qui, néanmoins, tenait à contenter autant que possible ses clients. L’idée lui vint de s’adresser au noble sir Richard Selft, l’un des cavaliers les plus distingués, les plus riches de la colonie étrangère.

— Sir Richard, lui dit-il, en s’inclinant profondément et selon toutes les règles de l’art, le comte Dalstrowski, un de mes plus anciens clients, désirerait qu’une de nos dames voulût bien se sacrifier, pour le former à la dense. La marquise Di Saltando, votre grande amie, peut seule condescendre efficacement à ce désir. Mais je ne crois pas devoir lui présenter la requête du comte, avant d’avoir obtenu votre très gracieux assentiment. Quant à la marquise, elle est si bonne, qu’avec elle l’affaire ne fera pas un pli.

— Comment donc ! cher monsieur Parrodin, fit sir Richard Selft. Tout à votre service et à celui du comte ! Vous savez bien que je ne danse plus avec la marquise, depuis une sauterie enfantine, dont j’ai pris l’initiative, il y a quelque temps.

— Merci mille fois, dit Parrodin.

Et sans perdre une minute, il alla trouver, dans un angle de la salle, madame Di Saltando, qui accepte de le meilleure grâce du monde le rôle enseignant, que sollicitait de sa complaisance le comte Wilold Dalstrowski.

La question était maintenant de trouver un vis-à-vis. Parrodin recourut à une ingénue des Folies-Comiques, qui tenait à danser par principes en vue d’un mariage avec un homme de robe, et avait momentanément pour cavalier le baronnet de Bresne, lequel fréquentait les cours de danse dans le but unique de se rencontrer avec la belle marquise.

Le quadrille commença donc entre le baronnet et l’ingénue, Witold et la marquise. Madame Di Saltando commettait distractions sur distractions, contrecarrant comme à plaisir les timides essais de Dalstrowski ; quant à de Bresne, il se livrait à des cavalier-seul qui faisaient reculer jusqu’au mur le pauvre comte, et lui permettaient à peine de saisir du bout des doigts le main que lui tendait par pure obligeance, et pour satisfaire aux exigences de la chaîne, la marquise fascinée par la vue de son cher baronnet.

— Jamais, dit Witold à Parrodin, quand il eut remercié sa dame, jamais je ne danserai avec la marquise, tant que ce fantoche de de Bresne battra ses entrechats !

— Que voulez-vous alors que je fasse ? demanda Parrodin.

— Que vous vous mettiez en quête d’un vis-à-vis moins impétueux que de Bresne, puisqu’il faut toujours un vis-à-vis dans vos satanés quadrilles ! — et d’une danseuse moins distraite que la marquise.

— Je crois avoir votre affaire, lui dit le maître, après une courte pause. Je ne suis pas personnellement connu de Cora Pearl, mais je lui ferai parler pour vous par quelqu’un.

Le comte vint en effet chez moi, à une soirée où l’on dansait. Il m’invita ; mais il faut croire que ma danse, fort peu échevelée, le dépaysa complètement : — effet de contraste ! — Il se croyait encore dans le tohu-bohu de son monde à lui. Plus que jamais il perdit la carte, et s’en fut conter à Parrodin sa nouvelle déconvenue.

— À la fin, lui dit le maître impatienté, que voulez-vous encore de moi ? J’ai fait pour vous, auprès de sir Richard Selft, une démarche très délicate ; j’ai gagné à votre cause une marquise, j’ai obtenu de Cora une invitation, — une admission, si vous voulez, — que d’autres, non moins titrés que vous et infiniment meilleurs cavaliers, ont sollicitée vainement peut-être, et vous n’êtes pas content ?…

— Non.

— Je n’en puis mais : et si vous suivez mon conseil, monsieur le comte, vous renoncerez à la danse.